Un besoin irrépressible de parcourir les pages
De relever, d’analyser, de m’imprégner
Des gouttes d’encre séchées sur le papier.
Je lis et pense beaucoup à toi
Dans ces livres, je recompose
L’imagerie mentale de notre vie commune.
À travers ces récits
Je tente secrètement de rentrer à la maison
De revoir ce visage qui me manque tant.
Je lis et peut-être est-ce ma manière de t’aider
De loin, de cultiver ta présence dans ma vie
De percevoir la cause de cet esprit si tourmenté.
L’addiction que j’ai trouvée dans les livres
L’addiction que j’ai trouvée par la pointe de mon stylo
Tu l’as trouvée dans les fleurs effritées.
Dépendance aux mots
Dépendance au mal
Dépendance… meurtrière.
La haine, la fougue-colère dont tu t’animes
Je la porte en moi mais la crache
Sous forme de lettres emmêlées.
Dans mes poèmes tordus et déprimés
Dans l’encre noire qui quand elle ne fonctionne pas me fait exploser
Les feuilles d’une blancheur pure sont saccagées.
Devenir folle quand le mot s’échappe
Car fugace, il ne reste jamais longtemps
Je finis par le rattraper par coups, par pulsion, par expiration.
Mais la frénésie procurée par la matière est sans danger retournée
C’est en moi et contre moi que je porte l’affront
Sans jamais déverser ni larmes ni rouge étrangers à mon corps.
L’envie obsessionnelle de persister
Quand bien même mes yeux deviennent trop secs
Mes yeux en marathon, la page se doit d’être terminée.
Deux heures passées
Mes forces épuisées
Son visage devient une brume parsemée.
Autour de moi
Le vide, l’attente, le manque
Démunie, il ne reste plus que…
La pile de livres sur le sol
Les notes éparpillées et ses yeux qui me reviennent
Devant moi je regarde et me demande
Que faire des mains tendues ?
Quand la solitude dans laquelle tu t’enfermes
T’attire comme le chant des sirènes.
Et c’est parce que je te comprends trop bien
Que je lis pour perpétuer ces souvenirs dans ma mémoire
Tes mécanismes que je porte et tes pensées si noires.
Mais alors que quand chez toi tout est sombre
Moi je m’accroche au filet de lumière
Qui parfois passe au travers de ma fenêtre.
Les mains en prière
Je rêve qu’un jour la clarté pénètre ta chambre
Aveuglant tes yeux brûlants de peine.
Par l’emprise que tu portes sur les autres
Par l’emprise de la substance chauffée
Mes espoirs de te retrouver me semblent incertains.
Qui voudrais-je donc retrouver ?
Celui qu’en moi j’ai tenté de tuer, de réanimer
Celui qu’en moi je ne parviens pas à effacer – idéalisé, fabriqué.
Et alors que dans chacun de ces mots
Nos âmes malheureuses s’unissent et se retrouvent
Voilà que mon amour de toi redevient naïvement enfantin.

