Parfois, il arrive que mon cœur s’arrête
Que la nuit, les yeux clos, je cauchemarde de ton absence
Ton absence impossible et pourtant si tangible
Le corps tremblant, voilà que je t’écris.
Petit ange fragile, l’effroi de te voir glisser de mes mains
Petite souris à l’adhésif sur la bouche
Ta voix prisonnière et tue
Je sais que tu souffres.
De mes yeux d’enfant, j’ai vu ton désarroi
De mes oreilles de petite fille, j’ai entendu ton chagrin
J’étais là, parmi eux, parmi ça
Folle d’un besoin immuable de te réanimer.
Qu’aurais-je pu faire de mes bras affaiblis ?
J’aurais voulu échanger ma vie contre la tienne
J’aurais voulu éponger tes larmes du revers de ma manche
J’aurais voulu pouvoir te sauver.
Mais j’ai failli à…
Voilà que le regret me parvient
J’ai failli à ton bonheur
M’élancer, trébucher, m’arrêter.
Dans mes yeux, vois-tu peut-être le diable qui nous a condamnés ?
Dans mes gestes, vois-tu peut-être la violence qui coule dans mes veines ?
De mon corps, de ma vie
Je tente d’exister, de disparaître.
La mort comme horizon
J’aurais voulu te promettre la libération
La survie comme obligation
J’aurais voulu t’éviter l’abnégation.
Tout me revient, goutte à goutte
Encore cette nuit, plonger dans les abysses
J’étais là, toi aussi
À travers la porte, le signe du dernier adieu.
L’objet du danger, j’étais
Le mobile du meurtre, aussi
Je me renferme et répète le mal causé
Car sans moi, rien de tout cela n’aurait existé.
La raison de la douleur
L’incarnation de la péremption
La prolongation de la chair déchirée
Je n’arrive pas à me pardonner.
Prendre le relais
Et te soigner
Tes maux sur mes épaules
C’est à moi de les porter.
Mais je sais qu’encore une fois
Je me discrédite, car moi aussi, je nourris l’omerta.
J’aurais voulu te prouver que le champ des possibles t’est destiné
Que les portes ne te sont pas toujours fermées.
J’erre ici et ailleurs
Légitimité bafouillée
C’est ainsi que je recherche ma place dans la tourmente
Et je pense à ta peine de me savoir désarmée.
Parfois, je me rêve dans cet appartement
Parfois, je me vois au pied de cet avenir conquis
Les chaînes aux chevilles
J’aurais voulu les décrocher.
Faire entendre ta voix
Mais me voilà trop proche de toi
Fruit de tes entrailles
Une histoire que je te partage.
De mon regard d’enfant
De mon regard d’adulte
Je te vois m’échapper
Et demeure impuissante.
Qu’aurais-je pu faire vraiment ?
Drame du foyer
Perpétuité à vie
Peut-il en être autrement ?
Pardonne-moi
De ne pas être assez
De ne pas m’être détachée
De ne pas réussir à te dire « je t’aime ».
Un jour, je serai là
Entière, équilibrée
Et je te sourirai
Pleine de vie, j’existerai.

