Le cri de l’être
S’est prononcé
À la table du silence.
Les yeux écarquillés
À la recherche du vent
Qui asséchera la cornée rapidement.
Mais la douleur ressentie
Il demeure impossible de détourner le regard
L’expression du mal vient d’être manifestée.
Bouleversée
De voir le petit oiseau
Aux pattes cassées.
J’ai dans mon corps les sensations passées
D’une seule figure
Qui renie notre existence.
Et j’ai su
Que toi aussi
La peine finira par te pourrir le cœur.
Qu’elle grignota
Chaque cellule
De ton corps.
Qu’elle t’enlèvera
Toutes les raisons de l’amour
Et qu’avec elle tu tenteras de survivre.
À travers l’œil du monde
Tu verras
Le danger, le mépris, les moqueries.
Alors tu lâcheras
La corde de ta vie
Et te renfermera dans un univers fait d’illusions.
Nourri de haine
Quand on te répétera que tout va bien
Tes larmes deviendront acide explosif.
Dans quelques années
Tu ne comprendras pas
Pourquoi la douleur t’habite autant.
Dans quelques années
Tu porteras la colère contre toi
Silencieuse, honteusement.
La voix grandissante
Dans la tête du petit enfant
Tournera en boucle sur les mêmes notes que celles du berceau.
Et tu finiras par te dire
Injustement
Qu’il avait forcément raison.
Le bourreau te place sur l’estrade, aux yeux de tous
Le mal non soigné de ses propres défaillances
Retombe sur toi, à coups de mots.
Des mots qui s’imprègnent dans ton ADN
Des mots qui ne te lâcheront plus
Des mots qui… des mots qui te définiront.
Sèche tes larmes petit
Car plus tard, de tes dents pointues tu mordras bien plus fort
La gueule serrée, jusqu’à en voir le sang gicler.
Ta rudesse deviendra ta meilleure alliée
De son jugement, tu en feras ton combat
Obsédé par l’intention de devenir « quelqu’un ».
Alors que l’amour t’a été retiré
Alors que l’empathie t’a été refusée
Voilà que ton corps s’est exprimé.
Révoltée
Par la violence retrouvée
J’aimerais te serrer tout contre moi.
Avant que la bile ne se proclame légitime
Avant que le sommeil ne te manque
Avant que l’amnésie ne te prenne.
Nage à contre-courant
Dans les eaux troubles et envoûtantes
La résilience que plus jamais il ne faut que tu acceptes.
Tes ailes à peine développées
Se voient déjà menacées
Par la hache du bourreau qui ne veut que ta tête.
Ta tête qu’il faut que je protège
Tes oreilles qu’il faut que je couvre
Ton corps qu’il faut que je sèche.
Et le souffle coupé
Le cri de l’être me revient
Car coupable, je suis.

