© C.E ; created by E.E
Un jeu dont elle est l’objet
Le ballon sur le milieu du terrain
La frappe est forte
Ses fils se décrochent.
La marionnette
Il faut la blesser
Pour lui greffer
Des ficelles d’acier.
Que jamais elle ne puisse s’envoler
Que jamais elle ne puisse marcher
La marionnette doit être sage
La marionnette ne doit pas s’émanciper.
On décide pour elle
On s’accapare de son corps
On lui injecte le devoir d’obéissance.
On lui inculque les trop bonnes manières.
Les ficelles cousues à la chair
Elle exécute chaque geste comme si c’étaient les siens
Les pieds brûlés, la tête disloquée
Elle est devenue l’objet de son propriétaire.
Les gestes affranchis
Les gestes impromptus
Lui trancheront la peau si nette
Que plus jamais elle ne recommencera.
Les marionnettes ne pleurent pas
L’eau abîme le bois
Les marionnettes regardent
Les spectateurs hilares.
Sur la grande scène
On l’applaudit
La représentation était bonne
Mais il faudra fournir plus d’efforts.
Les marionnettes ne parlent pas
Elles écoutent
Les marionnettes n’ont pas d’intellect
Elles sont vides de sens.
Les marionnettes sont :
un objet de plaisir
un objet de sympathie
un objet de divertissement.
Parfois, la marionnette joue des rôles tristes
Mais elle n’a pas le droit
Parfois, la marionnette joue des rôles de joie
Mais on ne l’aime pas moins.
Fin de la représentation,
La marionnette est rangée dans sa mallette
Tout près de son cœur
Brûlant et vivant – il lui souffle son mal-être.
Elle tend l’oreille, se penche vers la source de vie.
Lui murmure quelques mots
Que faire donc ?
Elle entend : l’abandon.
L’abandonner ? La marionnette y a songé
Mais le veut-elle vraiment ?
Le faut-il vraiment ?
Elle ne sait plus, amenuisement d’un espoir.
La marionnette n’a plus d’esprit
Son âme envolée
Mais que dis-je ?
Les marionnettes n’ont ni âme, ni vie.
Sans lui demander son avis,
La poitrine ouverte,
Le jus de fraise étalé partout
On emprisonne son coeur dans une boîte scellée.
La clé désormais jetée
Elle ne le retrouvera plus jamais
Et restera
L’éternel pantin de joie.

