goutte de rhum au fond du verre
je me rapproche un peu plus de toi 

t’abandonner ici 
te garder à l’intérieur de moi

indissociable existence
ton mal est devenu le mien 

t’imaginer seul 
les yeux ensanglantés d’amertume

devoir te haïr 
par sécurité 

jeu des sentiments 
ambivalences des émotions 

devoir te noircir 
par fidélité 

pôles identitaires fragmentés 
la bipolarité 

le cœur meurtri
perte inconsolable 

insignifiance de l’être 
le poupon est mal nourri

réminiscences contradictoires 
souffler le chaud et le froid 

me pardonner 
de t’avoir quitté

séquelles cauchemardesques 
le corps en perte  

le sang qui coule 
les verres cassés 

les coups portés
que tu as laissé

les cris incessants
que tu as légalisé

les mots tendres
que tu as souillé

le soutien
que tu as abîmé

la noirceur des idées 
un foyer partagé

ton visage calqué sur le mien
te fuir toi, pour m’échapper à moi 

isolement héréditaire
le goût du sommeil éternel 

douloureuse évocation
la gorge nouée

devoir me dépasser
pour te prouver

devoir m’acharner
pour te faire regretter

aurais-je pu l’éviter ?
aurais-je pu la sauver ?

un combat
qui est devenu le mien

normalité violentée
silence d’une honte inversée

malgré le mal
la culpabilité

de te faire vivre en ma mémoire 
pour qu’un peu tu aies existé. 

parce que je suis toi 
et tu es moi 

clair-obscur 
une figure du père.  


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