Dans cet appartement, je me souviens des murs oppressants.
Devant la baie vitrée, je me souviens des volets toujours fermés.
Au premier rayon de soleil, je me souviens de la nuit noire dans laquelle j’ai sombré.
Dans cet espace, je me souviens du monde que j’ai créé.
Secrètement. Silencieusement.
Sur le parquet, je me souviens de ces cours éparpillés.
Du tiroir du bureau blanc, je me souviens de ces lettres entassées.
De ce livre rouge, je me souviens de mes maux décortiqués.
Dissimulés. Avalés.
Sur la couette aux fleurs roses, je me souviens de cet ours aimé.
Face à l’assiette garnie, je me souviens des biscuits comptés.
De cette vue, je me souviens de mes limites dépassées.
Répéter.
Du haut de la mezzanine, je me souviens de mon droit d’existence refusé.
À l’écoute de cette musique, je me souviens du premier vent de légèreté.
De la neige tombée, je me souviens de mes pieds trempés.
De ces corps masculins, je me souviens du mal infligé.
Du café qui coule, je me souviens de son bras entaillé.
De cette vie, que j’oublie et qui revient,
je me souviens de chaque objet,
laissé ici et là.

